Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Tchad : Doumlah Moussaye : Le pétrole des « mystères »

Tchad : Doumlah Moussaye : Le pétrole des « mystères »

Alors que les populations des autres pays exportateurs du pétrole se réjouissent de leur décollage économique, celles du Tchad ressentent douloureusement la malédiction de l’or noir qui ne sert qu’à entretenir la guerre, sans apporter de solution à leur pauvreté.


L’an 2008, au-delà des effets de la guerre des 02 et 03 février, les rapports entre la Banque Mondiale et le Tchad s’étaient nettement refroidis, distendus à cause de l’utilisation massive des revenus du pétrole pour le financement de la guerre. Les deux parties ont décidé en Août de la même année « d’effacer le tableau » de leurs différends, sur la base d’un nouvel engagement pris par le gouvernement du Tchad par la voix de son Premier Ministre, M. Youssouf Saleh Abbas, de faire des efforts pour bien gérer les revenus pétroliers dans l’intérêt des populations. Le communiqué final qui a sanctionné le 25 août les discussions entre une importante délégation de la Banque Mondiale et le gouvernement tchadien, précise que les deux parties ont décidé « d’apurer le contentieux né de la participation de la Banque Mondiale au financement du projet pétrole. » Le premier Ministre qui a en outre affirmé, que la lutte contre la pauvreté sera traduite dans la réalité, se fixe pour point de départ le budget 2009. -Voilà que le budget 2009 prouve nettement le contraire de la lutte contre la pauvreté. Sauf si les habitués de la démagogie pourront inventer les projets de développement qu’il innove- Et la délégation de la Banque Mondiale, rassurée semble-t-il par ces nouvelles promesses, est repartie en se réjouissant du travail abattu.

Si la Banque Mondiale a accordé un nouveau « quitus » au gouvernement tchadien malgré sa gestion calamiteuse des revenus du pétrole, ce n’est sûrement pas parce qu’il prend pour argent comptant les promesses faites par le gouvernement, mais bien plus parce qu’il y a de gros intérêts en jeu. Il s’agit de préserver la place du consortium pétrolier piloté par Esso, et dont les investissements ont été cautionnés par la BM. Au moment où la Chine et l’Inde convoitent ouvertement le pétrole tchadien, ce n’est pas le moment de prendre le président Déby à rebrousse poil. Il a fallu ménager le maître de N’Djaména que, le consortium qui exploite le pétrole tchadien est dans une situation idéale. Le consortium est absolument maître de l’exploitation du pétrole de Doba. Il ne filtre que les informations qui lui conviennent, notamment la quantité du pétrole brut extraite, la quantité vendue et le prix de vente ; le Tchad n’a strictement aucun contrôle sur son pétrole.

Dans l’accord qui lie, le Tchad, la Banque Mondiale et le consortium, le prix conventionné du baril du pétrole est de 15, puis 17 dollars. C’est sur cette base que se calculaient les revenus directs du Tchad (17% du total des revenus). Mais la flambée du prix du pétrole, avec le Brent (le pétrole de référence) qui a crevé le plafond de 100 dollars pour être autour de 130 dollars, le consortium a consenti des ajustements, en acceptant que des réunions se tiennent chaque trimestre pour homologuer les prix. Mais rien ne filtre de ces réunions, le secret étant la chose la mieux gardée dans le cercle du pétrole tchadien. Si le consortium gagne énormément d’argent avec le pétrole tchadien, il faut souligner que les revenus provenant du pétrole et reçus par le gouvernement tchadien depuis cinq ans, ne sont pas négligeables. Malgré les difficultés à recueillir des informations, la société civile tchadienne a pu établir qu’en cinq ans, le Tchad a pu engranger plus de 1500 milliards de FCFA, en revenus tant directs qu’indirects. Mais ces chiffres ne recouvrent pas toute la réalité, car les revenus indirects qui sont versés au trésor public, échappent souvent au contrôle.

Si on tient compte du fait qu’il y a quelques années, le budget annuel du Tchad ne dépassait pas 50 milliards de FCFA, investissements compris, les revenus pétroliers sont une « manne » inespérée pour sortir le Tchad de la pauvreté. Réduire la pauvreté, c’était le credo que le gouvernement et la BM ont embouché pour réaliser avec le consortium le projet Tchad-Cameroun. Quel est le constat aujourd’hui ?

Pétrole et impérialisme sous régional

Si la création des foyers de tension a été depuis des lustres, l’un des moyens de pression politique des puissances occidentales sur les dirigeants « insoumis » des pays pauvres, elle s’est contre toute attente inscrite dans la politique sous régionale du « nouveau riche », Idriss Déby. A visage découvert , le maître de N’Djaména a fait feu de tout bois pour bouter hors du pouvoir le Centrafricain Ange Félix Patassé pour imposer son frère d’arme le Général François Bozizé. La catastrophe centrafricaine de ces années d’exploitation de l’or noir tchadien n’a point besoin d’être démontrée.

Déby se donne tout le plaisir de voir un Chef d’Etat comme lui agir sous son autorité. Viols, pillages, assassinats et autres maux, sont ce qui reste du SALUT apporter par les hommes de Déby - jusque là restés à la protection de Bozizé - aux Centrafricains. Dixit la République du Congo Brazza !

Cependant, l’aventure impérialiste du général tchadien a eu toutes les limites qu’elle est en droit de mériter en terre Soudanaise où il a l’ambition d’imposer une dynastie Zagawa comme c’est le cas au Tchad. Comme d’habitude, Déby n’a certainement pas assez réfléchi pour s’embarquer dans ce suicide. El Béchir est un pétrolier de gros calibre que l’on ne peut défier à midi. Trop tard ! Le retour de la manivelle est riche de leçons pour le Prince tchadien.

Pétrole et guerre

Même si le Tchad a été depuis son accession à l’indépendance, un pays de conflits de toutes natures, le pétrole a indéniablement contribué à les exacerber. Les rebellions de l’Est ont eu pour motivation réelle le renversement du régime de Déby pour le contrôle des richesses provenant du pétrole. Ces rébellions ont coïncidé avec l’arrivée des premières royalties pétrolières. Le président Déby a, pour sa part, grâce à l’argent du pétrole, consolidé son pouvoir tout en s’armant pour faire face à ceux qui veulent lui ravir sa place. Armé jusqu’aux dents, Déby est peu enclin au dialogue avec l’opposition et privilégie l’option militaire. Tous les accords de paix ont échoué, car il a pris de l’assurance avec l’argent du pétrole qui lui procure les moyens de se renforcer politiquement et militairement.

Pétrole et pauvreté

La volonté d’en découdre avec les rebelles de l’Est soutenus massivement par le Soudan, ont jeté Déby dans une course effrénée à l’armement. Le monde entier a eu la preuve lors des différents défilés militaires des fêtes nationales. Le Tchad est une véritable puissance régionale, et il peut toiser les grands de notre continent, mais à quel prix ? Des simulations ont été faites par la société civile. Elles montrent qu’un hélicoptère russe MI 24 dont le gouvernement a acquis deux exemplaires peut construire quatre grands hôpitaux régionaux, et 1 MI 8- il y aurait 5- peut aider le Tchad à construire 32 écoles à cycle complet . Ajoutons qu’un char T55 pourrait coûter 1 milliard et que le Tchad en a acheté une cinquantaine. Un Toyota coûte 27 millions, alors que le Tchad en a acheté plusieurs milliers. C’est donc plusieurs centaines de milliards de nos francs qui ont été engloutis dans l’armement, l’entretien de l’armée et dans la guerre. A voir de près, c’est au minimum la moitié des revenus pétroliers qui est consacrée à la guerre. Comment dans ces conditions prétendre lutter contre la pauvreté.

Une stratégie de réduction de la pauvreté en panne

Si on tient compte de l’analyse de situation de la Stratégie Nationale de Réduction de la Pauvreté (SNRP), le pétrole n’a en rien contribué à la réduction de la pauvreté. Le Tchad reste l’un des pays les plus pauvres de la terre. Il est classé au 171ème rang sur 177 de l’indicateur du développement humain (IDH) publié dans le rapport mondial sur le développement humain 2007. La pauvreté touche 55% de la population, phénomène qui concerne principalement le monde rural qui compte 87% de pauvres. Selon les résultats de l’ECOSIT 2, le seuil de la pauvreté se situe à 396 FCFA par jour, soit 55% de Tchadiens qui vivent avec moins d’un dollar par jour.

Cette pauvreté se manifeste également sur le plan de l’éducation où malgré un taux de scolarisation de plus en plus élevé, on assiste à une très forte baisse de la qualité de l’enseignement . Sur le plan sanitaire, la situation reste alarmante avec 102 nourrissons qui meurent sur 1000 naissances en 2004 et 191 jeunes enfants qui meurent sur 1000 naissances. Ce qui signifie que 1 enfant sur 10 meurt avant son premier anniversaire et 2 enfants sur 10 n’atteignent pas leur cinquième année. Le Tchad est également très fortement frappé par la malnutrition. Selon l’Enquête Démographique de Santé (EDS 2004), 37% des enfants de moins de 5 ans souffrent d’une insuffisance pondérale, c'est-à-dire dont les poids sont trop bas pour leur âge. Dans ce lot d’enfants, il faut préciser que 14% souffre d’une insuffisance pondérale sévère. L’émaciation, qui consiste pour les enfants à être trop maigre pour leur taille, atteint 13.5% d’enfants tchadiens. Enfin 41% des enfants tchadiens de moins de cinq ans, connaissent un retard de croissance. Dans ce lot, on compte 13% qui ont un retard de croissance sévère. C’est une situation particulièrement bouleversante qui ne semble pas émouvoir nos gouvernants. Comment prétendre lutter contre la pauvreté quand on ne prend pas conscience des drames qui jouent sous nos yeux, quand on privilégie la guerre à la survie, à la croissance de l’avenir des enfants.

Farce ou illusion

Il a fallu attendre des pressions armées de grandes envergures pour qu’enfin, le président Déby comprenne qu’il y a la nécessité de soutenir les étudiants tchadiens à l’extérieur. Et à l’intérieur, une université à construire et d’autres chantiers à entreprendre. Janvier 2009 a été un mois historique pour les jeunes tchadiens qui étudient hors de leur pays. Une surprise digne d’IDI, leur a rapporté une manne dont la moyenne est de 75.000FCFA par étudiant. Un geste certes salutaire dans cette situation de crise, mais qui est bien loin de répondre à l’attente de cette jeunesse presque oubliée depuis les 19 années de règne de Déby, ou alors depuis les cinq années d’exploitation du pétrole. Il est bien tard de chercher à redorer son blason politique à travers de tels actes. Sauf s’ils seront définitifs et mensuels – ce qui est impossible si Déby gagne définitivement la guerre.
Illusion

En 2010, le Tchad aurait un complexe universitaire en mesure d’accueillir entre 20.000 à 50.000 étudiants. C’est ce qu’a promis le président Déby lors de la pose de la première pierre de ce projet en août 2008 et qui engloutira 460 milliards de FCFA. Il faut se réjouir franchement de ce projet qui serait un bon pas en avant dans la formation de la jeunesse tchadienne. Mais ce beau projet sorti du « chapeau présidentiel » soulève quelques interrogations. Quelles sont les ressources qui l’accompagneront ? A-t-on fait une étude de faisabilité ? Cela d’autant plus qu’on a vu ni la maquette, ni plans. Un complexe universitaire, ce n’est pas uniquement du béton à couler, c’est une affaire autrement plus sérieuse.

A construire à tour de bras et sans logique, on se retrouve avec de grands ensembles hospitaliers à l’Est presque sans malades, des établissements scolaires sans enseignants. Et que dire du projet présidentiel de construire un hôtel de luxe sur l’espace réservé dans la capitale pour les manifestations culturelles. La frénésie du président Déby et de son neveu des infrastructures, à construire à tout va, bitumes et bâtiments, ressemble à une course contre la montre pour engranger des réalisations tape à l’œil, dans la perspective bien évidente d’obtenir l’adhésion populaire des populations fatiguées des tares de sa gouvernance et, éventuellement des échéances de 2011. Sauf que pour apprécier le « quinquennat social » de Déby, les populations ne se laisseront pas berner par les constructions de prestige, mais tâteront leur ventre pour apprécier leur contentement du régime Déby…….

Doumlah Moussaye Avenir
Email : doumoussaye1@yahoo.com
Publicité
Tag(s) : #Tchadiana Presse
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :