Andry Rajoelina accède à la présidence sans élection. La Haute cour constitutionnelle de Madagascar a légalisé, hier, l'accession à la présidence du jeune maire d'Antananarivo. À peine confirmé président en exercice «pour une durée maximum de 24 mois», Andry Rajoelina a promis de faire de la lutte contre la pauvreté sa priorité. «Je ne vais pas vendre de riz et d'huile», a-t-il lancé à 15 000 de ses partisans rassemblés sur la place du 13-Mai, en référence à son prédécesseur, propriétaire d'un empire agro-alimentaire : «Je ferai baisser les prix». «Pour le bien du peuple de Madagascar», il a annoncé la revente de l'avion présidentiel récemment acheté par Marc Ravalomanana et l'annulation du contrat de location de 1,3 million d'hectares signé l'an dernier avec la firme sud-coréenne Daewo.Madagascar vient de battre un record en connaissant l’une des transitions militaires les plus courtes de l’histoire du continent africain. Le directoire militaire, aux mains duquel Marc Ravalomanana avait laissé le pouvoir mardi, l’a confié, à son tour par ordonnance à l’opposant Andry Rajoelina. «Nous donnons les pleins pouvoirs à M. Andry Rajoelina pour qu’il devienne président d’une haute autorité de transition», a déclaré le vice-amiral Hyppolyte Ramaroson lors d’une conférence de presse. Le plus haut gradé et le plus ancien chef militaire malgache aurait dû diriger le directoire. Mais après la publication de la dernière ordonnance présidentielle de Marc Ravalomanana, le vice-amiral et les futurs membres de la structure ont été arrêtés par des militaires pro Rajoelina. «M. Ravalomanana a déjà démissionné, le Premier ministre et son gouvernement ont aussi démissionné, je suis à la tête du gouvernement de transition qui prépare l’élection présidentielle anticipée qui se déroulera d’ici 24 mois. Donc vous pouvez m’appeler Président», a affirmé Andry Rajoelina lors d’une interview avec une chaine de télé française.
Une ascension politique fulgurante
Andry Rajoelina, alias "TGV" mérite son surnom. Il ne lui aura fallu que trois mois jour pour jour pour conquérir le pouvoir. L’opposant avait réuni le 17 janvier dernier plus de 20 000 personnes en signe de protestation contre la fermeture de sa radio après la diffusion d’un entretien de l’ancien président malgache Didier Ratsiraka. Depuis, l’ancien maire d’Antananarivo était devenu le chef de file d’un mouvement de contestation contre le régime de Ravalomanana qu’il a qualifié de «dictature générale». L’Union africaine avait appelé l’armée à ne pas transmettre le pouvoir à Andry Rajoelina, affirmant que la démarche ne serait pas « constitutionnel(le) ». La Grande Muette vient ainsi de confier les rênes de l’Etat malgache à un homme d’affaires de 34 ans que l’on dit surdoué. Ancien DJ, il a réussi dans le secteur de la communication et est devenu maire de la capitale malgache, Antananarivo, en 2007. Andry Rajoelina a été confirmé dans une fonction qu’il occupait déjà : président de la "Haute autorité de transition". Elle a été mise en place le 7 février dernier. Son gouvernement de transition dispose déjà d’un Premier ministre, en la personne de Roindefo Monja, et d’une dizaine de ministres.
C’est bel et bien un coup d’Etat!
On s’accorde à dire que le coup d’Etat est la prise illégale du pouvoir, notamment par des voies autres que celle des urnes. Aussi ce qui s’est passé à Madagascar est-il bel et bien un coup d’Etat qui ne veut pas dire son nom. Le nouveau président malgache, en dépit de toutes les astuces légales dont il veut recouvrir son accession au pouvoir, traîne derrière lui une mauvaise réputation. Il n’a pas été investi par les urnes, seul moyen démocratique de prendre le pouvoir. Le cas de Madagascar vient s’ajouter à la liste déjà bien longue des coups de force que le continent africain a vécus ces derniers mois. En effet, en l’espace d’une année, ce sont quatre ruptures constitutionnelles qui ont été perpétrées en Afrique, avec les cas de la Mauritanie, de la Guinée-Conakry et de la Guinée-Bissau. Chaque putschiste fait son coup à sa manière, avec son style, en cherchant à le justifier comme il peut. En Guinée-Conakry, on a attendu que le président meure pour s’emparer du pouvoir. En Guinée-Bissau, les militaires ont assassiné le président mais n’ont pas pris le pouvoir. En Mauritanie, les putschistes ont pris le pouvoir après avoir déposé le président. A Madagascar, en dépit du maquillage, le putsch militaro-civil est évident, même si trois mois ont été nécessaires pour le réaliser. Depuis le début de la contestation du pouvoir de Marc Ravalomanana, on sait que l’objectif poursuivi par Andry Rajoelina, comme il l’a lui-même martelé, était le renversement du régime. Le coup d’Etat prenait déjà racine à ce niveau et était même annoncé à la face du monde. Beaucoup a été dit sur la mal gouvernance, qui est un facteur de déstabilisation des régimes, même démocratiquement élus. Ils sont nombreux, les présidents africains qui ne tiennent pas leurs promesses électorales et qui détournent à leur profit les richesses du pays. Pour autant, faut-il les renverser comme l’a été le président malgache? L’exemple de la Grande Ile se présente comme un cas d’école. Comment se fait-il alors que la communauté internationale, l’ONU en tête, ne condamne-t-elle pas ce coup d’Etat à la malgache, comme elle l’a fait pour les autres pays, en dépit des habillages juridictionnels dont on veut l’enrober? Contrairement à ce que certains veulent faire croire, la prise du pouvoir de Ravalomanana n’est pas comparable trait pour trait à celle de Rajoelina. Marc Ravalomanana était arrivé à la présidence en 2002 à la suite de manifestations certes, mais du fait d’une élection présidentielle contestée, ce qui est loin d’être le cas présentement. On n’ira pas jusqu’à demander l’application de sanctions qui ne nuisent qu’aux peuples et qui ne font qu’aggraver la situation des plus pauvres. Néanmoins, en se taisant et en ne cherchant pas à mettre un terme aux prises illégales du pouvoir, la communauté internationale les encourage d’une certaine façon. Si les exemples de la Mauritanie, de la Guinée-Conakry ou de la Guinée-Bissau avaient été traités avec rigueur, les putschistes malgaches auraient réfléchi par deux fois avant d’entreprendre leur aventure. Maintenant que Andry Rajoelina a entre ses mains le pouvoir qu’il a eu tant de mal à conquérir, on se demande bien ce qu’il va en faire. On sait qu’il a passé le plus clair de son temps à dénoncer l’action de Ravalomanana plutôt qu’à décliner son programme de gouvernement.
C’est vrai qu’il a annoncé une transition de deux ans avant l’organisation d’élections. On peut déjà supposer qu’il pourrait être tenté de modifier la Constitution et la tailler à sa mesure afin de pouvoir se présenter à la prochaine présidentielle. On imagine difficilement qu’il agisse autrement, vu tout le mal qu’il s’est donné pour parvenir à ses fins et considérant aussi que, même dans deux ans, il ne remplira pas les conditions d’âge requises pour être président, Marc Ravalomanana, qui est sorti de la scène sans honneur, ne cherchera-t-il pas à revenir d’une façon ou d’une autre ? Les démons de la division ne sont donc pas totalement écartés.
Aussi l’Union africaine qui a joué un piètre rôle dans cette crise malgache, devrait-elle s’investir pour éviter à la Grande Ile des règlements de compte qui pourraient être sanglants. En tout état de cause, l’Afrique est devenue un laboratoire où toutes les expériences de ruptures démocratiques sont désormais permises.
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