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Selon le chercheur Roland Marchal, du Centre d'études et de recherches internationales (CERI) à Paris, le Tchad et le Centrafrique sont menacés de déstabilisation par un débordement du conflit du Darfour. Il souligne également l'incapacité de la France et des Occidentaux à prévenir une régionalisation de la crise. Les violences dans l'est du Tchad entre Arabes et non-Arabes sont-elles un signe tangible d'un débordement du conflit du Darfour ? Il y a déjà eu des affrontements importants dans le passé. Personne alors ne les avait liés à la situation soudanaise. Ce qui a changé avec le conflit au Darfour et la crise de régime au Tchad, c'est que certaines populations dans l'Est sont armées par le président tchadien Idriss Déby, que certains se disent qu'ils peuvent régler des comptes maintenant que les forces armées tchadiennes sont tétanisées par les mouvements rebelles. Il est aussi devenu très facile et peu onéreux de s'approvisionner en armes et en munitions, car celles qui sont offertes par Khartoum ou N'Djamena peuvent être revendues. Et on peut aussi, pour régler des rivalités locales, les réinscrire dans le contexte du Darfour pour faire des alliances. Peut-on considérer que les régimes tchadien et soudanais se livrent une guerre par milices et rebelles interposés ? Oui, et cela depuis l'automne 2005 lorsque Mahamat Nour (le chef du groupe rebelle du Front uni pour le changement démocratique – FUC –, qui a mené une offensive ratée contre la capitale tchadienne, N'Djamena, en avril) et ses amis ont été autorisés à utiliser leurs camps au Darfour pour mener des attaques contre le Tchad. Cette décision soudanaise a été prise sur la base d'une réévaluation du rôle de Déby et de ses proches dans le conflit au Darfour : d'un côté ils recevaient de l'argent de Khartoum pour affaiblir les mouvements darfouriens, de l'autre ils aidaient ces derniers ou acceptaient de voir leur territoire utilisé comme sanctuaire. Au Tchad, les risques d'une déstabilisation durable sont plus élevés aujourd'hui. L'UFDD, l'Union des forces pour la démocratie et le développement (un nouveau groupe rebelle) ne paraît pas qualitativement mieux préparée que le FUC, mais ce groupe – évidemment soutenu par Khartoum – bénéficie du fait que de nombreux partisans du régime tchadien ne voient plus très bien pourquoi ils combattent, et tendent à monnayer leur soutien au jour le jour. La France, qui soutient militairement le Tchad et le Centrafrique, et la communauté internationale,ont-elles réagi à temps ? La France n'a pas voulu voir le caractère régional de la guerre au Darfour. Elle n'a réagi sur sa gravité qu'au moment où elle a vu Déby déstabilisé, et s'est mise dans la pire des situations : crier "Déby ou le chaos" à un moment où le chaos était là. En Centrafrique, la communauté internationale, notamment les Etats-Unis, porte une responsabilité très grande à cause d'une indifférence totale jusqu'en 2006 sur le drame quotidien des populations. Le comportement de l'ONU a été particulièrement affligeant. Aujourd'hui, on voit une déstabilisation qui ne peut être réduite simplement au débordement de la crise au Darfour, mais il n'y a pas d'action internationale : on laisse le Centrafrique en tête à tête avec la France et cela ne pourra pas produire une bonne solution. AFP
source Le Monde |
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