Questions à Mr Mahamat Nouri Allatchi, président fondateur de l’UFDD et président de
l’ANCD.
1 Le tchadanthropus-tribune : Mr le président bonjour. Dans quel état d’esprit vous vous
trouvez à Doha au Qatar ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Notre amertume était trop grande les premiers jours de notre Arrivée à Doha. Notre état d’esprit
était celui d’un chef séparé de ses hommes ou un père séparé de sa famille sans son consentement. C’était l’épreuve la plus difficile de ma vie de combattant. Mais au fil des jours le moral
d’acier des combattants sur le terrain nous a redonné la confiance en nous même. Nous savons également que notre éloignement ne signe pas la fin du combat contre l’arbitraire dans notre patrie
et notre engagement et notre volonté de lutter jusqu'à la fin du règne de l’injustice au Tchad restent entiers.
2 Le tchadanthropus-tribune : Est-ce que votre éloignement des frontières tchadiennes a
une influence sur vos hommes sur le terrain ? Et comment vivent-ils cet éloignement ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Notre éloignement a eu une influence certaine sur les hommes, militants et combattants. Contrairement
à l’opinion répandue un peu ailleurs, cela a eu le mérite de radicaliser les positions des uns et des autres. Les réponses à nos premiers appels aux combattants sont nettes et sans équivoque.
‘’Jamais nous ne baisserons la tête face aux difficultés de l’heure, n’ayez aucun souci pour nous, continuez à nous faire confiance, ordonnez-nous, nous ferons plus que si vous étiez
présents’’. Jamais l’engagement des hommes de terrain n’a été affirmé aussi fermement, jamais notre volonté de lutter n’a été aussi grande.
3 Le tchadanthropus-tribune : Êtes-vous en contact avec vos
éléments ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Nous sommes en contact avec nos éléments sur le terrain, Dieu merci, les moyens de communication
actuels le permettent.
4 PANA PRESS:Vous jouissez de quel statut depuis votre installation à Doha?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Aucun statut particulier ne nous est donné. Nous sommes traités comme des hôtes de passage. Nous
vivons dans un pays d’une générosité légendaire hors commun. Nous remercions hautement les autorités qataries.
5 PANA PRESS :Pourquoi les groupes rebelles tchadiens n'arrivent-ils pas à s'unir?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
La lutte armée tchadienne n’est pas le fruit d’une réflexion intellectuelle. Elle est un soulèvement
populaire spontané sur l’ensemble du territoire national (au sud, au Centre à l’Est et au nord). Partout des organisations armées se sont formées, souvent sans programme politique précis ou la
vision d’un État tchadien de demain, avec la seule motivation, un seul slogan ‘’faire partir du pouvoir Idriss Deby et ses voyous qui pillent, violent, tuent et commettent quotidiennement les
crimes les plus odieux dans une impunité totale’’.
Jusqu’en 2008 l’UFDD et le FPRN étaient les seuls mouvements armés à disposer d’un programme
politique cohérent. Beaucoup d’initiatives ou tentatives d’union ont été faites. Cinq unions ou alliances ont été tentées en quatre ans, mais toutes ont avorté. Des efforts dans ce sens se
poursuivent toujours avec des moyens dérisoires face à ceux mis en œuvre par Idriss Deby pour torpiller toute tentative d’unification et disloquer davantage l’opposition armée, notamment
l’UFDD, cible première de la bande de voyous de N'Djamena. Idriss Deby a utilisé et continue à utiliser les revenus pétroliers pour l’achat non seulement des armes, des avions de combat, des
blindés, mais également l’achat des consciences des membres de l’opposition intérieure et extérieure. Cette politique d’achat des consciences et de corruption est plus particulièrement
ressentie par l’opposition armée. Il est de notoriété aujourd’hui que les pétro-CFA et dollars américains circulent en abondance à El-Geneina et à Khartoum au vu et au su de tous. Il n’y a pas
que la faiblesse des chefs des politico-militaires qui soit la cause unique de la division de l’opposition tchadienne armée.
L’histoire de la lutte des peuples sur cette terre nous enseigne par ailleurs que jamais des
mouvements armés ou non de l’opposition à un gouvernement, même contre la colonisation, n’a réussi à faire l’unité totale, un bloc unique.
6 PANA PRESS :Est-ce que les dirigeants qataris vous ont proposé une médiation avec le président
Idriss Déby?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Les responsables qataris ne nous ont fait aucune proposition de médiation. N’oublions pas qu’Idriss
Deby n’a pas varié ses positions politiques de principes depuis deux ans. ‘’Le temps de négocier et de donner des postes de responsabilités à des opposants armés est révolu, qu’il ne négociera
jamais avec des mercenaires à la solde du Soudan, etc.…’’. Ces déclarations ont été faites en février dernier lors de ses passages au Qatar, à la télévision Al jazzera, au Soudan à la
télévision et autres medias, face au président soudanais Oumar Hassan Al-Béchir, à Benghazi en Lybie et en France. Idriss Deby a donc fermé la porte au dialogue politique.
7 PANA PRESS: Aujourd'hui, plus qu'hier, croyez-vous que seule la solution militaire peut
résoudre la crise militaire au Tchad ou bien faut-il une solution politique? Si vous penchez pour l'une ou l'autre issue quelles sont vos propositions?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
En aucun moment nous n’avons privilégié la solution militaire. La crise tchadienne est
politico-socio-économique et non militaire. La guerre est imposée aux Tchadiens par Idriss Deby pour perpétuer son régime tyrannique, la misère et l’insécurité au Tchad.
L’issue honorable pour tous, la meilleure, est le dialogue franc, une table ronde réunissant les
organisations de l’opposition politique et politico- militaire, les associations de la société civile et le parti au pouvoir pour un règlement définitif du conflit et aller vers une paix
véritable et durable.
Nous ne croyons pas à une victoire militaire qui résolve la crise tchadienne. Nous avons affirmé,
réaffirmé et réaffirmons ‘’qu’aucun groupe de personnes ou de tribus ne pourra prendre le pouvoir et le conserver par la force au Tchad de demain’’. Idriss Deby sera le dernier à avoir pris le
pouvoir et y rester par la force de son clan. Le Tchad de demain ne sera ni celui d’hier, ni celui d’Idriss Deby. Le Tchad de demain sera la patrie de tous les Tchadiens, où toutes les grandes
valeurs humaines de notre temps seront respectées et protégées ; le Tchad de demain sera réconcilié avec lui-même et tourné vers son développement, en harmonie parfaite avec son
environnement africain et le reste du monde.
8 Blog de Makaila:Mr Nouri, votre défection en 2006, a suscité un réel espoir au sein de la rébellion tchadienne de l’est.
Après quatre (4) de lutte armée contre le régime d’Idriss Deby, quelles sont les causes de votre échec ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Je préfère ne pas parler échec. Les raisons de nos ratées de ces deux dernières années de lutte armée
sont multiples et variées, les unes peuvent être dites aujourd’hui, les autres au moment venu. Je me borne pour l’heure à l’essentiel de celles pouvant être dites.
Les approches très différentes du problème tchadien au sein même de l’opposition politico-militaire,
les motivations des uns et des autres, le subjectivisme des uns, les préjuges des autres, l’amateurisme dominant, la non-observation des règles universelles élémentaires de la guerre, l’absence
totale de dialogue, d’une stratégie commune concertée et comprise de tous les partenaires, l’impréparation, l’improvisation et la précipitation caractérisant nos opérations militaires
offensives, le déficit cruel des cadres de conception formés et compétents, l’absence d’une diplomatie à l’extérieur, constituent, entre autres, les raisons principales de nos ratées de ces
deux dernières années de lutte armée. Et la défaite, qualifiée de débâcle, d’Am-Dam le 7, mais 2009 est venue ajouter à la confusion déjà existante au sein de l’opposition armée et a provoqué
un découragement et les ralliements en chaine à l’ennemi. L’infiltration et l’achat des consciences au sein de l’opposition sont pour beaucoup pour les ralliements des combattants de
l’opposition. Le pétro-CFA coule en abondance à El-Geneina, Khartoum, Fascher et ailleurs au Soudan au vu et su de tous.
9 Blog de Makaila:Les autorités soudanaises ont éloigné de Khartoum, quatre principaux leaders de la rébellion tchadienne,
en échange de Khalil Ibrahim, chef rebelle du MJE, expulsé de Ndjamena vers Tripoli ? Comment expliquez-vous cette procédure inégale ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Il est difficile d’expliquer cette procédure inégale, mais on peut comprendre que le Soudan sous
pression internationale et à l’approche du referendum au sud semble accepter toutes les conditions posées par Idriss Deby pour avoir la paix avec ce dernier. Il n’ya pas que l’expulsion des
leaders de l’opposition tchadienne. Le Soudan a fait éloigner des frontières toutes les bases de l’opposition tchadienne et a interdit toute activité hostile au gouvernement tchadien. Au même
moment Idriss Deby a suréquipé l’opposition soudanaise et facilité la pénétration des milliers d’hommes du MJE en territoire soudanais. Le soutien au MJE continue. Le traitement inégal des deux
oppositions s’explique également par le fait que la Communauté internationale apporte un soutien fort à l’opposition soudanaise ; le problème du Tchad est complètement occulté et considéré
comme un élément du conflit Darfouri. La réalité est très triste pour le Tchad et les Tchadiens.
10 Blog de Makaila: Plusieurs combattants et des responsables politiques de l’UFDD, dont votre propre frère, ont rejoint le
régime tchadien à la faveur d’une réconciliation sans la moindre condition. Est-ce, que cela signifie-t-il, la fin de la lutte armée pour votre organisation
politico-militaire ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Les personnes récemment débarquées par cargo soudanais à N’Djamena et qualifiées de combattants et
responsables politiques de l’UFDD par la presse de N’Djamena sont en fait et dans leur quasi-totalité des Tchadiens d’origine vivant au Soudan depuis des décennies. Mahamat Tchitchila est un
Tchadien réfugié en Grande-Bretagne, arrivé à Khartoum à la recherche du statut d’opposant qu’il a réussi à obtenir. Moita Ahamat Tourkimi et Hamdan Togoi avaient tenté en juin-juillet 2009 de
rejoindre le MPS avec véhicules, armes et bagages en vain ; et les Soudanais les avaient conduits à Khartoum où ils vivaient avec leurs familles jusqu'à leur départ sur N’Djamena. Moita
Ahamat Tourkimi, quant à lui, a regagné N'Djamena parce que Idriss débite lui a promis la Chefferie traditionnelle du canton Annakaza du Borkou, le titulaire ayant été suspendu de ses fonctions
de chef pour n’avoir pas assez loué Idriss debye lors de son dernier passage à Faya.
Les seuls vrais combattants ayant fait partie du voyage sont le fils de Moita et nos trois
combattants handicapés (blessés de guerre) Guihini Mahamat Djehil, kalimi Malimi et Guirsside Orozi Bogou. Ces trois derniers, inscrits à l’école de langue Cambridge Secondary School de
Khartoum ont abandonné leurs études pour rentrer au pays. Quant à Adoum Nouri, ce dernier a abandonné la lutte armée depuis avril 2008 et a obtenu le statut de réfugié Khartoum. Adoun Nouri
n’est pas membre de l’UFDD. Son statut de réfugié ne lui permet pas de prendre part à une lutte armée. Toutes ces informations sur ces faux combattants de l’UFDD sont vérifiables auprès des
Soudanais, du HCR et de l’établissement Cambridge secondary School à Khartoum.
Idriss Deby peut continuer à ramasser des Tchadiens nombreux à Khartoum et dans d’autres villes du
Soudan. Rappelons que le nombre des Tchadiens au Soudan est estimé à deux millions de personnes. Quant à la lutte armée, elle finira avec la fin du règne et de en jargon combattant on dit ‘’la
rébellion est un peu comme la maison des fourmis, il y’a ceux qui y entrent et ceux qui fuient les souffrances’’.
11 RADIO ORIENT :Mr le président bonjour, nous remarquons par voie de presse que le président Idriss Déby envoie des
délégations au soudan pour récupérer vos hommes, avez-vous les moyens de constituer une opposition armée capable de renverser ce régime ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Idriss Deby envoie récupérer à Khartoum ou dans d’autres villes du Soudan ces Tchadiens très nombreux
qui errent dans ce pays et les rares fatigués du combat contre l’injustice. Les combattants de l’UFDD ne sont pas récupérables par Idriss Deby. L’opposition armée reste puissante malgré sa
défaite, qualifiée de débâcle, d’Am-Dam le 7 mai 2009.
Les Tchadiens ont aussi en mémoire les grandes victoires de l’UFDD à Goz-beida, Am-timan,
Saraf-Borkou, Abeche, Ganatir, Abougoulem, etc.…
Nous avons la volonté nécessaire et le potentiel humain suffisant pour vaincre le régime mafieux du
MPS vomi par l’ensemble du peuple tchadien.
12 RADIO ORIENT : Vos désunions ont permis au régime du Tchad de se maintenir,
pensez-vous possible qu’une dynamique politique est encore possible contre Idriss Déby ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
La dynamique politique est non seulement possible, mais elle est là présente. Le régime d’Idriss Deby est vomi par l’ensemble du peuple tchadien et
l’histoire plusieurs fois millénaire de l’homme nous enseigne que l’élément humain est le premier facteur de toute victoire possible. Nous avons la volonté nécessaire et le potentiel humain
suffisant.
Quant à notre unité d’action, la lutte armée tchadienne n’est pas le fruit d’une réflexion
intellectuelle des patriotes tchadiens. Il s’agit d’un soulèvement spontané du peuple tchadien sur l’ensemble du territoire national (au Sud, au centre, à l’Est et au Nord) d’où ces nombreux
groupes armés, constitués un peu partout, souvent sans programme politique précis ou la vision d’un État tchadien de demain, avec une seule motivation, un seul slogan ‘’faire partir du pouvoir
Idriss debye et ses voyous sans foi ni loi qui pillent, tuent et violent dans une impunité totale’’.
Avouons que l’unité des opposants tchadiens n’est pas chose aisée. Pour mieux nous comprendre, je
vous invite à lire notre petit écrit dit ‘’la crise tchadienne’’ du 5 mai 2006.
13 RADIO ORIENT : Qu’avez-vous à dire aux Tchadiens qui étaient nombreux à croire en vous et
qui se sont découragés des diverses tergiversations de l’opposition politico-militaire au Tchad ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
- La défaite, qualifiée de débâcle, d’Am-Dam le 7 mai 2009 a provoqué la dislocation de l’union déjà
fragile, d’où les ralliements en chaine à l’ennemi au cours de l’année 2009. Nous devons avoir en mémoire également les grandes victoires de l’UFDD, de Goz-beida, Am-Timan, Saraf-Borkou,
Abéché, Ganatir, Fada, Ounianga et Abougoulem etc, ces victoires qui ont suscité beaucoup d’espoirs. Nous devons avoir foi en la justesse de notre combat, confiance en nous-mêmes, comptée sur
la volonté du peuple tchadien de se battre pour se débarrasser de la tyrannie sévissant au Tchad. L’histoire plusieurs fois millénaire de lutte des peuples nous enseigne que la force la plus
puissante de tous les temps n’est ni les armements nucléaires qui font la terreur de l’humanité, ni les missiles téléguides, mais la volonté d’un peuple d’être libre, libre de disposer de ses
biens, libre de s’épanouir, libre de jouir de tous les droits d’un citoyen, libre de circuler dans son propre pays, libre de vivre en paix, libre de se doter des institutions politiques de son
choix. Nous sommes convaincus que rien ne pourra arrêter la marche du peuple tchadien vers son destin, vers un devenir meilleur.
14 RADIO ORIENT : Pensez-vous qu’Idriss Déby a assassiné le Dr Ibni Oumar Mahamat
Saleh ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Oui, tout le monde sait qu’Idriss Deby a assassiné le Professeur Ibni-Oumar Mahamat Saleh avec bien
d’autres Tchadiens dont la vie importe peu pour l’opinion internationale.
15 La Croix :Mr le président merci de nous avoir consacré ces quelques lignes… Pourquoi avez-vous créé l’ANCD après la
création de plusieurs mouvements antérieurs ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
C’est moi qui vous remercie. La création de l’ANCD est justifiée par notre volonté sans relâche de
favoriser l’unification des forces combattantes sans se préoccuper des sigles.
16 La Croix : Nous remarquons qu’il y’a eu la naissance d’un organe de l’UFR rénové,
pourquoi vous ne faites pas partie alors que vous étiez signataire de l’acte constituant ce mouvement ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Nous ne parlons plus de l’UFR, elle appartient à l’histoire et nous avons une autre alliance,
L’ANCD.
17 La Croix : Où en êtes-vous avec vos collègues leaders qui sont avec vous à Doha,
notamment un de vos proches le Général Tahir Guinassou avec lequel vous étiez récemment en désaccord?
Général Mahamat Nouri Allatchi :
Le Général Taher Guinassou est un frère de longue date. Nous avions eu des moments d’incompréhension
qui doivent être gommés. L’expérience que nous venons d’avoir doit nous souder et jeter des vraies bases. Toute division comme certains l’ont voulu ne renforcera que la longévité du pouvoir
d’Idriss Déby. En revanche, tous mes collègues y compris le Général Taher et moi-même avons été accueillis et entretenus généreusement à Doha. Nous en remercions les autorités
qataries.
18 La Croix : Il y’a une chose que les Tchadiens et l’opinion internationale ne
comprennent pas. Pourquoi vous n’arrivez pas à vous unir et constituer un bloc. Alors que tout le monde sait qu’en étant uni le régime changerait
inéluctablement ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
La réponse à cette question est simple. L’opposition armée Tchadienne n’est pas le fruit d’une
réflexion intellectuelle des cadres patriotes. Il s’agit d’un soulèvement spontané du peuple tchadien sur l’ensemble du territoire national(au Sud, au centre, à l’Est et au Nord) d’où ces
nombreux groupes armés constitués un peu partout, souvent sans programme politique précis ou la vision d’un État tchadien de demain, avec une seule motivation, un seul slogan ‘’faire partir du
pouvoir Idriss Deby et ses voyous sans foi ni loi qui pillent, tuent et violent dans une totale impunité’’.
Il n’est pas aisé de faire l’unité d’action de tous ces groupes avec les moyens qui sont les nôtres,
tant les motivations sont différentes, tant les efforts d’Idriss Deby pour diviser l’opposition sont soutenus à force de pétro-CFA et dollars américains.
Pour mieux nous comprendre, je vous invite à lire notre petit écrit ‘’ la crise tchadienne’’ rédigée
en 2006.
19 La Croix : Pourquoi vous n’optez pas à faire la paix avec Mr Déby que de faire la
guerre ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
La paix reste toujours notre choix. Nous avons toujours dit et réaffirmé que la crise tchadienne est
politico-socio-économique. La solution au drame sanglant tchadien passera nécessairement par un dialogue politique. Et nous ne croyons à pas une victoire militaire qui résolve la crise
tchadienne.
Fort malheureusement pour le Tchad, Idriss Deby refuse systématiquement tout dialogue avec ses
opposants armés qu’il qualifie de mercenaires à la solde du Soudan.
20 France 24 Arabe : Concernant la paix, dernièrement votre propre frère et quelques
membres de votre mouvement se sont ralliés au régime de Déby, est-ce que c’est un premier signe que vous faites au président tchadien?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Mon frère n’est pas un membre de l’UFDD ou de l’opposition armée tchadienne. Adoum Nouri a abandonné
la lutte armée en début de l’année 2008 et a pu obtenir le statut de réfugié à Khartoum. Il y’a plus de deux ans que ce dernier vivait à Khartoum avant son départ pour N'Djamena. Quant aux
autres, ils sont dans leur quasi-totalité des Tchadiens d’origine vivant au Soudan depuis des décennies. Sympathisants ou militants de tel ou tel autre mouvement armé de l’opposition
tchadienne, ils n’ont jamais été des combattants. Aucun signe de ralliement de l’UFDD n’a été fait à Idriss Deby.
21 France 24 Arabe : Il y’a actuellement une délégation tchadienne qui est venue au
soudan pour faire la paix, est-ce que vous êtes associé ? Sinon que proposez-vous ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Idriss Deby n’a envoyé au Soudan aucune délégation pour faire la paix. Idriss Deby n’a proposé la
paix à aucun opposant armé, moins encore à un Mahamat. D’ailleurs il ne reconnait pas l’existence d’une opposition armée Tchadienne au Soudan, sinon ‘’des mercenaires à la solde du
Soudan’’.
Notre position reste la même. Il faut un dialogue politique, une table ronde réunissant l’opposition
politique, les oppositions politico-militaires, les organisations de la société civile et le parti au pouvoir pour un règlement global et définitif du problème tchadien.
22 France 24 Arabe : Avez-vous un message à adresser aux
Tchadiens ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Oui, j’ai bien un message, le message suivant :
Le Tchad, notre patrie, connait aujourd’hui une crise politico-socio-économique la plus grave depuis
son accession à l’indépendance en 1960.Après un demi-siècle d’indépendance et vingt ans de gestion mafieuse, Idriss Deby a conduit notre pays dans une pauvreté extrême, une misère noire, une
insécurité totale et une impasse politique sans précédent. Le Tchad d’Idriss Deby n’a d’État que de nom. Des bandes de voyous, apatrides sans foi ni loi, pillent, violent, tuent et commettent
quotidiennement les crimes les plus odieux dans une impunité totale.
Les Tchadiens ne doivent pas accepter cet état de choses. Ils doivent exiger un changement politique
et ils peuvent l’obtenir, car la force la plus puissante de notre époque n’est ni les armements nucléaires qui font la terreur de notre humanité, ni les missiles téléguides, mais la volonté
d’un peuple d’être libre, libre de disposer et de jouir de ses biens, libre de circuler dans son propre pays, libre de s’épanouir, être libre de se doter des institutions politiques de son
choix an tant que citoyen à part entière de son pays. L’Alliance nationale pour la Démocratie et le Développement(ANCD) est l’union des filles et des fils du Tchad ; elle accompagne la
volonté du Peuple tchadien.
23 Tchaduni.com : Mr le président merci de cet entretien. Pourquoi vous ne rassembler
pas autour de vous des personnalités de poids de l’opposition armée afin de rendre crédible la lutte que vous menez contre le régime de Déby ? Vous savez que beaucoup de gens murmurent que
vous ne vous entourez que de vos proches au lieu de faire un ensemble national.
Général Mahamat Nouri Allatchi:
L’unité de l’opposition armée tchadienne reste notre préoccupation première. Des efforts ont été
faits et nous continuerons dans ce sens.
Mais l’opposition armée tchadienne n’est pas le fruit d’une réflexion intellectuelle. Exaspérées par
les pratiques barbares de la dictature MPS, les pillages, les vols, les viols, les tueries, les populations tchadiennes se sont soulevés de manière spontanée contre le régime sur
l’ensemble du territoire national, au Sud, au Centre, a l’Est et au Nord, d’où la formation des nombreux groupes armés, souvent sans programme politique précis ou la vision d’un État tchadien
de demain, avec une seule motivation, un seul slogan ‘’faire partir du pouvoir Idriss Deby et ses voyous qui pillent, violent, tuent et commettent quotidiennement les crimes les odieux dans une
totale impunité.’’
parvenir à une unité d’action de l’ensemble de ces groupes n’est pas chose aisée. Les divergences
d’approches du problème tchadien, les motivations des uns et des autres, le subjectivisme, les préjugés, la méconnaissance des uns des autres, les actions de subversion, de diversion de
l’ennemi sont des véritables obstacles à l’unité des tous. Il est dommage que nombre des personnes oublient les actions de l’ennemi qui investit des milliards de pétro-CFA pour déstabiliser
l’opposition tchadienne. Les revenus pétroliers ont servi non seulement à acheter des armes, mais et surtout à diviser et déstabilise l’opposition.
Oui, je sais bien que mes détracteurs disent tout de l’UFDD et de moi-même sauf ce que nous sommes.
Mes proches sont ceux des Tchadiens, patriotes ayant pris l’engagement de lutter jusqu'à la fin du règne de la barbarie et du grand banditisme au Tchad. Mes compagnons et moi-même sommes
conscients, plus que quiconque d’autre que Idriss Deby sera le dernier à avoir gouverné avec son clan.
Notre conviction est grande, qu’aucun groupe de personnes ou de tribus ne pourra prendre le pouvoir
et le conserver par la force au Tchad de demain. Le Tchad de demain ne sera ni celui d’hier, ni celui d’Idriss Deby. Le Tchad de demain sera la patrie de tous les Tchadiens, où les valeurs
humaines de notre temps seront respectées et protégées, réconciliées avec lui-même et tournées vers son développement, en harmonie parfaite avec son environnement africain et le reste du
monde.
Pour vous permettre de mieux nous connaitre, nous vous invitons de lire le petit écrit ‘’la Crise
tchadienne’’ du 5 mai 2006, rédigé, donc à la veille de la naissance de l’UFDD.
24 Tchaduni.com : De l’avis des experts, on dit que jamais une rébellion armée n’a eu
des moyens colossaux comme ce que vous avez eu des Soudanais, etc. Pourquoi la lutte a échoué ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Nous nous demandons qui Tchaduni appelle experts. En tout cas il faut reconnaitre que l’aide
soudanaise était consistante, mais elle n’était pas de la taille de ce qu’on imagine de loin ou décrit par la presse de Ndjamena. N’oublions pas que l’opposition armée Tchadienne combat un
gouvernement disposant des tous les revenus pétroliers et fortement soutenus par des puissances étrangères non des moindres. Et contrairement à ce que pense le commun de mortels, tous les
stratèges de tous les temps conviennent des dictons, entre autres, suivants :
a-‘’la force d’une armée ne se mesure ni avec ses effectifs, ni ses matériels, mais avec la foi que
cette armée a en ses objectifs, et la manière dont elle utilise ses matériels.’’
b-‘’une guerre est engagée avant d’avoir tiré le premier coup de canon.’’
Ce sont ces leçons qui ne sont pas assimilées par tous nos partenaires.
Je préfère parler de nos ratées de deux dernières années de lutte et non d’un échec parce que le
combat contre l’injustice se poursuit et se poursuivra jusqu’a la fin du règne de la barbarie et du grand banditisme érigés en système de gouvernance au Tchad.
Venons donc aux raisons profondes de ces tâtées, raisons multiples et variées, les unes pouvant être
dites aujourd’hui, d’autres au moment venu. Je me borne pour l’heure à celles pouvant être dites :
Les approches très différentes du problème tchadien au sein même de l’opposition
politico-militaire, les motivations des uns et des autres, le subjectivisme des uns et les préjugés des autres, l’amateurisme dominant, la non-observation des règles universelles
élémentaires de la guerre, l’absence totale de tout dialogue et d’une stratégie commune concertée et comprise de tous les partenaires, l’impréparation, l’improvisation et la précipitation
caractérisant nos opérations militaires offensives, le déficit cruel des cadres de conception formés et compétents, l’absence de diplomatie et l’insuffisance de communications à l’extérieur,
constituent les raisons principales de nos ratés de dernières années de lutte armée. Enfin, la défaite qualifiée de débâcle, d’Adam-Dam le 7 mai 2009 est venue ajouter à la confusion déjà
existante au sein de l’opposition politico-militaire, et, a provoqué le découragement dans les rangs des forces combattantes et les ralliements en chaine à l’ennemi.
25 Tchaduni.com : Les Tchadiens de la diaspora disent qu’en étant à Hadjer Marfaïn vous
n’avez pas pu renverser M. Déby, est-ce que vous pourrez le faire depuis Doha ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Doha n’est pas notre quartier général. Nous nous demandons si Tchad uni exprime l’opinion de
l’ensemble de la diaspora tchadienne, essentiellement composée des cadres, donc censée comprendre que toute œuvre humaine connaît ses hauts et ses bas dans son évolution.
Dans tous les cas, nous disons à tous les Tchadiens ‘’que la zone de turbulence’’ ou les
tergiversations actuelles auront leur fin et rien ne pourra arrêter la marche impétueuse du peuple tchadien vers son destin, un devenir meilleur pour tous. L’opposition armée tchadienne est une
œuvre humaine, elle connait et connaitra momentanément des difficultés dans son évolution, mais cela ne doit pas décourager les patriotes tchadiens.
Le défaitisme et le pessimisme constituent les pires des attitudes pour un homme qui ambitionne de
réaliser une grande œuvre ; elles sont paralysantes et tuantes.
26 Tchaduni.com : dernière question M. le président, tout le monde sait que l’essence de
la lutte armée est sa jeunesse et son idéologie. Est-ce que vous envisagerez de passer la main à quelqu’un qui émergera et qui ne fera pas partie de votre entourage
proche ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Nous convenons parfaitement avec Tchad uni que l’essence de toute œuvre humaine d’avenir est la
jeunesse. Tout responsable public doit savoir qu’il n’est ni le meilleur, ni indispensable.
Il doit avoir constamment à l’esprit qu’il laissera sa place un jour à un jeune, certainement plus
dynamique.
L’Histoire est une succession des événements, mais et surtout une succession des hommes qui font ces
événements. L’autre leçon de l’histoire que nous avons assimilée est que tout ce qui n’évolue pas, qui ne change pas, et qui ne se corrige pas pour s’améliorer et aller de l’avant est voué à la
mort.
Croyez que Mahamat Nouri ne nourrit pas des ambitions basses pour le pouvoir. Mais la particularité
dans une lutte armée est qu’on doit évoluer et émerger dans la lutte pour prendre la place de son ancien.
L’autre particularité est qu’on ne se désigne pas, mais les autres désignent. Nous rappelons que les
proches de Mahamat Nouri sont ces patriotes tchadiens engagés dans l’œuvre de libération du peuple tchadien.
27 Le tchadanthropus-tribune :Mr le président Idriss Déby conditionne la présence française sur le territoire tchadien par un motif
financier. Qu’avez-vous à dire à cela ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Les déclarations d’Idriss Deby conditionnant la présence militaire française au Tchad peuvent être
une farce ou un bluff. Dans tous les cas, il s’agit d’une mise en scène pour obtenir de l’argent et plaire à certaines puissances étrangères toujours pour obtenir de l’argent. À dire vrai, ce
Idriss Deby est vraiment insatiable.
28 Le tchadanthropus-tribune : Bientôt il y’aura au Tchad une série d’échéances
électorales, pensez-vous qu’il y’aura une réelle alternance politique ? Sinon qu’en concluez-vous?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Idriss Deby n’acceptera pas une alternance politique, donc il n’y aura pas des élections
démocratiques libres et transparentes au Tchad sous cet homme. L’issue des telles consultations sera connue d’avance c'est-à-dire la majorité écrasante des Tchadiens rejettera Idriss
Deby.
29 Le tchadanthropus-tribune : Qu’avez-vous à proposer aux Tchadiens si un changement venait par se faire ?
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Si un changement venait par se faire, l’ANCD proposera aux Tchadiens ce qu’elle exige, elle-même
aujourd’hui d’Idriss Deby c’est- à- dire un dialogue national franc et sans exclusif par le biais d’un forum national souverain regroupant tous les acteurs politiques tchadiens et les
organisations de la société civile pour préparer une transition vers des élections démocratiques, libres et transparentes sous supervision internationale.
Nous pouvons dire aujourd’hui, sans risque de nous tromper que les Tchadiens pensent que le
Tchad de demain ne sera ni celui d’hier, ni celui d’Idriss Deby et que ce dernier sera le dernier à avoir gouverné le Tchad avec son clan.
30 Le tchadanthropus-tribune : Mr le président, Tchadanthropus-tribune vous remercie
pour la disponibilité et les réponses aux divers confrères de la presse.
Général Mahamat Nouri Allatchi:
Je remercie sincèrement tchadanthropus-tribune, Pana-presse, bloc de Makaila, Radio-orient, la Croix,
Tchaduni et France 24 Arabe pour m’avoir donnée l’occasion de lever beaucoup d’ombres sur la lutte politico-militaire tchadienne.
Interview réalisée grâce aux efforts de l’équipe de
Tchadanthropus-tribune.com
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