Et si l’Afrique refusait la démocratie? [ 6/27/2008 ]
La tendance à substituer à la démocratie la pyromanie se généralise sur notre
continent. Est-ce un phénomène de type négroïde ou une manipulation blanche? Qui
peut, et comment arrêter le cercle vicieux de ces élections onéreuses soldées
par des affrontements sanglants pour finir avec un partage déréglé du pouvoir? A
la condition que les africains actualisent leur conception de ce pouvoir et
comprennent la défaite électorale et l’alternance politique comme des lois de
la nature, la démocratie sera vaine sur le continent. Le projet des Etats-Unis
d’Afrique, en conséquence, restera un voeu pieux, une fausse route, une grossière
tromperie.
Par : Kodjo EPOU
Le président Mugabé promet la guerre à son peuple en cas de défaite à l’élection
présidentielle.Le petit dictateur se croyant irremplacable au Zimbabwe a
poussé,par la force brutale,son rival à un retrait de la course.Idriss Deby,en
dépit des feux recurrents des rebelles sous ses fenêtres,s’accroche à un
fauteuil présidentiel qu’il ne doit plus qu’à l’asssistance française.Lansana
Conté pense que la démocratie,c’est l’affaire des autres et que les guinéens
doivent l’aimer jusqu’à l’idôlatrie ou mourir.Idem pour le burkinabé
Compaoré.Omar Bongo,Paul Biya et peut-être Wade,eux,explorent ardemment les
voies constitutionnelles de s’assurer que leur succession ne soit envisageable
qu’à la manière togolaise.Au sujet justement du Togo,la Communauté
Internationale,tout en veillant sur ce pays comme du lait sur le feu, retient
son souffle,ne sachant pas le genre de spectacle qu’il lui réserve pour
2010.Toute la Corne de l’Afrique est assise sur la braise alors que dans les
“monarchies” maghrébines, alternance politique ne semble pas avoir son
équivalent en arabe.L’Afrique refuse t-elle la démocratie? Peut-elle s’en
passer?
Mugabé, une plaie qui révèle la tragédie africaine.
Les difficultés du Kénya,l’année dernière,à consolider sa stabilité politique et
sa démocratie encore récemment citées en exemple n’ont rien de nouveau sur le
continent. Les situations analogues sont légion.Au Nigéria,les élections
générales de 2007 ont été ternies par des fraudes massives.Pourtant,il avait
été espéré que ce géant d’Afrique qui avait inauguré,en 1991,une ère
démocratique après de tumultueuses décennies de régime militaire,reste dans
cette voie moderne de tranfert de leadership au plan national.
Lorsqu’en décembre l’élection du président de l’ANC avait chassé de la tête du
plus grand parti d’Afrique du Sud Tabo M’BEKI,l’homme qui a échoué de répondre
aux attentes de son peuple,cette élection a fait venir un autre au caractère
discutable et sur qui pèsent des soupçons de malversations financières.La
succession de M’beki par ZUMA peut être perçue comme démocratique.Seulement,à
voir le système sud-africain de l’après Mandela,il présente beaucoup plus des
caractéristiques de parti unique;les élites de l’ANC (African National
Congres), fort de la prédominance numérique sont en train de mener le pays dans
la mauvaise direction,amenuisant les immenses espoirs suscités par la fin de
l’apartheid.Les récentes violences xénophobes commises sur les étrangers vivant
en Afrique du Sud,violences face auxquelles le président M’beki a fait preuve
d’une incompétence notoire,sont les effets de la décadence du système en
place.L’Afrique du Sud est en passe de trahir ses obligations de puissance
continentale.
Son voisin,le Zimbabwe est mis au ban de la Communanté Internationale. Le parti
gouvernant, la ZANU, au pouvoir depuis 28 ans,avait,malgré l’échec patant de
celui qui est passé du héro libérateur en dictateur meurtrier,donné à ce
dernier carte blanche et consacré sa candidature.Les résultats du premier tour
de l’élection qui a suivi n’ont jamais été proclamés en bonne et due
forme.Ainsi l’a voulu l’hectogenaire qui fera arrêter ses opposants politiques
engagés dans la course au second tour contre lui.N’est-ce pas une grande honte
pour les peuples d’Afrique lorsqu’un de leurs dirigeants se déclare prêt pour
la guerre en cas de défaite électorale?
N’est-ce pas une pure moquerie à la démocratie que de faire croire que le peuple
Zimbabwéen ait pu apporter son soutien à un président aussi
brutal,qu’intolérant, et qui, de surcroît,l’a rendu misérable.Mugabé, pour
sécuriser un second tour de la honte, a distribué voitures flambant neuves,
tracteurs, maisons clés à main et liasses de billets de banque aux Chefs
traditionnels,aux Chefs de la police et aux vétérans de guerre.Au même moment,
les sympatisants de l’opposition sont,eux, empêchés par la force d’avoir accès
à leur part de l’aide alimentaire internationale.Théoriquement, la démocratie
empêche de tels abus tout comme elle empêche la militarisation abusive et
irrationnelle d’un pays aux dépens de la production,génératrice de
richesses.Pour cela elle fait peur.
Similation
En Afrique, les périodes électorales sont celles des plus folles adversités
inter-ethniques et de crispation sociale. Pas de débats publics – l’arbre à
palabre en était dans le bon vieux temps – sur les questions sociales,malgré
l’existence,dans nos pays, de graves problèmes de santé, d’éducation, de
sécurite alimentaire et de pauvreté.
Les campagnes électorales sont identiques,dans le fond et dans la forme.Les
candidats débarquent en hélicoptère chez des populations qui ne reçoivent ces
genres de visites qu’une fois tous les quatre ou cinq ans. Habillés en grands
boubous brodés qui coûtent parfois jusqu’à mille dollars
américains(l’équivalent de trois ans de salaires pour certains de leur
compatriotes),ils trônent au podium pour suivre les Alleluias qui leur sont
dédiés par des paysans vieillis de plusieurs années parce que malnutris et
physiquement ruinés par l’usage de techniques agricoles traditionnelles.
Après avoir écouté d’une oreille distraite ces populations hôtes,ils prononcent
de vagues discours puis, quittent les lieux comme ils sont venus,brassant la
poussière dans les pauvres visages vides d’espoirs pour un lendemain meilleur.
Les élections se succèdent et se ressemblent. Des fois les messages délivrés
par les différents candidats se limitent à des promesses(fausses) de
construction de routes et d’hôpitaux ou encore d’écoles. Pas de déballage de
projets de gouvernement viables, ni d’agenda d’exécution des urgences
nationales.L’inexistence d’une feuille de route claire engendre,chez les
nouveaux élus – ils sont très rares – ou nos éternels reélus,les improvisations
qui sont généralement les causes premières des mandats présidentiels élastiques
et sans fin en Afrique.On verra des Chefs d’Etats solliciter cinq ou dix ans
supplémentaires après en avoir passés 15,20,25 à la tête de leurs pays .La
repression sanglante vient comme riposte au refus des populations de céder au
prolongement illégal ou immérité du mandat présidentiel.Ces populations sont
alors traitées d’insoumises à l’autorité,de manupulées par
l’extérieur,d’assoiffées de pouvoir ou accusées de trahison,d’atteinte a
l’ordre public et à la sûreté de l’Etat.
Tous, des “mugabes”
La plupart de nos Chefs d’Etat sont de potentiels “mugabés”,remplis de haines
latentes contre leur peuple,beaucoup plus enclins à déclencher des conflits
inter-ethniques pour justifier leur maintien au pouvoir que de donner à manger
à leurs administrés et de travailler pour la paix intérieure.Les exemples
d’élections libres facilitant la transmission pacifique de l’autorité d’un
leader à un autre – ce qui est la première base de la démocratie – sont
rarissimes sur le continent.La manipulation des urmes, des citoyens,des caisses
et de l’opinion internationale est la préoccupation dominante chez nos
présidents,au détriment du pain,de l’eau et de l’électricité,bref,du minimum
vital pour les populations.
C’est pourquoi, à la place de l’alternance que voulaient les Kénynans, KIBAKI
leur offrira une stupide guerre civile. C’est aussi pourquoi YAR’ADUA ne sera
élu que par moins de 30% de l’électorat Nigérian. C’est enfin pourquoi sur les
48 pays de la partie subsaherienne du continent, seulement 5 ont connu des
élections multipartites crédibles et sans bain de sang entre 1990 et 2004.Ce
survol ne laisse pas entrevoir une réelle volonté de nos dirigeants à concevoir
une démocratisation apaisée de l’Afrique.
La situation socio-politique au Zimbabwe est trop sévère pour être
ignorée. Qu’est-ce qui retient l’Amérique et l’Europe? Naturellement, Harare
n’est pas assise sur du pétrole. Qu’est-ce qui retient l’ONU? Rien. Cette
Organisation qui a toujours joué au médecin après la mort a un choix: ou elle se
contente de ces molles condamnations sans effet et disparaît, ou elle
commence par agir, pour gagner en crédibilité et existe. Que font les chefs
d’Etat africains? Rien. Naturellement. Ils sont tous des “mugabes” ou presque.
Finalement, doit-on avoir honte d’être africain?
Kodjo Epou
Oakdale, USA
http://regardscroises.ivoire-blog.com/
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Caroline. K